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Suicide, j’écris ton nom

Jean-François Krzyzaniak - Patient expert et ancien de la rue

Année de publication : 2026

Type de ressources : Rhizome - Thématique : SANTE MENTALE

Télécharger l'article en PDFRhizome n°97-98 – Prévenir le suicide (mai 2026)

Lettre à Timothée.

Le jour où la vie t’a quitté, j’y ai pensé très fort. Oui, l’idée de mettre fin à ma vie a occupé mes pensées. Mais qui aurait veillé sur ta tombe ? Qui aurait fait vivre ton souvenir ? J’ai finalement renoncé à cette idée. Pourtant, mon histoire familiale aurait été une excuse puisque ma mère et trois membres de ma fratrie ont porté atteinte à leur vie.

Au vu de mon parcours, je m’interroge sur le rôle de la psychiatrie, de la pédopsychiatrie, mais aussi de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales et de l’Aide sociale à l’enfance.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille

L’idée du suicide a ressurgi en moi quand la rue est devenue une addiction. Lors d’une entrée contrainte en logement, j’ai fait des appels au secours en réalisant des tentatives de suicide, notamment en prenant des médicaments ou en me défenestrant. La psychiatrie a mis du temps à me venir en aide. Mon parcours de vie à la rue n’était pas aidant, surtout à cause des ruptures de parcours de soins. Mon mode de vie et mon addiction à l’alcool ont eux aussi été des freins. J’ai dû apprendre à survivre avec mes idées suicidaires.

Pourquoi attenter à sa vie ? Quelles motivations peuvent retenir le passage à l’acte ?

Lors de mon parcours de sortie de rue, grâce à un travail alliant social et psychiatrie, j’ai pu prendre conscience que seul le soin pouvait éviter le passage à l’acte. J’ai longtemps cherché à comprendre le mimétisme familial qui existait autour du suicide.

Dans mon parcours de vie, j’ai rencontré des personnes qui se sont suicidées de différentes manières. Je pense à une dame qui, après avoir perdu sa fille l’année de son départ en retraite, s’est mise en retrait, s’est peu à peu désocialisée puis a fini par refuser les soins. Je pense aussi à cet ami qui a entrepris un voyage sans retour en se sous-alimentant, et à cette personne sans domicile, connue de tous, qui refuse d’être hébergée tout en espérant que le froid soit son linceul.

Petites anecdotes

Même la gent canine peut attenter à sa vie. C’est, par exemple, le cas de Niña, une petite corniaud que j’avais adoptée par le biais d’un ami. Celui-ci a été hospitalisé en urgence un lundi, avant de décéder le vendredi. Après avoir récupéré ses effets personnels et les avoir rapportés chez moi, c’est en les reniflant que Niña réalisa qu’il était mort. Elle cessa de s’alimenter le soir même et dut être euthanasiée chez le vétérinaire quelques jours après.

Un 24 décembre au soir, j’ai composé le 3114 et j’ai été hospitalisé. J’ai bénéficié d’une bonne prise en charge qui m’a permis de renoncer à ce poison que sont les idées suicidaires. À la suite de cette hospitalisation et des entretiens menés avec des professionnels, j’ai pris la décision
de souscrire à un contrat d’obsèques. Le fait qu’il ne fonctionne pas en cas de suicide m’a motivé à le faire.

L’arrivée dans mon couple de deux frères de 17 et 19 ans issus des dispositifs de protection de l’enfance a renforcé mon choix. Ils m’ont permis de créer une famille.

Suicide, j’efface ton idée.

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