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Edito

Gilles RAYMOND

Année de publication : 2005

Type de ressources : Rhizome - Thématique : PUBLIC PRECAIRE, SCIENCES HUMAINES, Sociologie, TRAVAIL SOCIAL

Télécharger l'article en PDFRhizome n°20 – Pratiques d’accompagnement (Septembre 2005)

« Accompagnement ». Le mot convient à beaucoup de professionnels et en agace aussi certains autres, parce que d’emblée, commode pour désigner en vrac tout ce qui concerne des formes du travail relationnel. A ce titre il est superbement trans-professionnel, trans-pratique, trans-institutionnel… Mais il nous attire aussi parce qu’il sert à parler – plus qu’à désigner d’ailleurs – d’une évolution ou d’une transformation des liens sociaux. Il arrive à point nommé dans des situations qui sont quasiment interstitielles : accompagnement des victimes, des mourants, des chômeurs, des sans-papiers, des malades… Aux endroits où les mesures sociales, les procédures juridiques, des décisions techniques ne suffisent pas et où il faut insérer des modalités relationnelles qui prennent en compte la rencontre psychique. Dans ces deux perspectives il est possible de saisir, malgré la banalité de ce mot, une potentialité à inventer de nouveaux liens. « Accompagnement » est un mot de « terrain » au sens où il réunit ce que font des professionnels dans un contexte sociologique particulier. Il en fait un tout ou plus exactement une situation. En cela il attire de la sympathie. En quelque sorte c’est le « transfert du pauvre », c’est aussi le politique (comme invention d’un lien entre les personnes) qui est parlé en faisant appel au registre psychique. « Accompagnement » ne signifie pas une position moyenne ou intermédiaire entre ces deux registres, mais occupe plutôt une position engagée : « accompagnement » milite à la fois pour une nouvelle posture professionnelle et une nouvelle perception des liens sociaux. Le terme est disponible à tous ceux qui refusent de concevoir le travail social autrement qu’à travers des rencontres de réalités psychiques. Il leur donne l’occasion de se rassembler sous la bannière d’une « clinique naïve » où s’interroger sur ce que l’on fait vis-à-vis de cet autre devient prioritaire par rapport à l’énonciation des solutions. Il leur donne aussi l’occasion d’exploiter des zones de travail laissées à l’abandon par des décisions ou des organisations trop bureaucratiques ; celles qui envahissent le terrain social par leurs références aux procédures, devenant autant de difficultés ou de résistances, sans doute parce que le temps en est abstrait. A ces endroits-là, des professionnels forment de nouvelles interrogations sur le lien social en introduisant une durée aussi viable que possible : constituer un temps pour chercher un emploi, pour mourir, pour guérir… L’accompagnement pourrait alors se définir comme la pensée d’une durée que le politique aurait annulée.

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